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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 09:48

Article trouvé dans le tres bon BETAPOLITIQUE
Nicolas Véron

En France, des entreprises difficiles à vivre



A l’occasion de l’élection présidentielle, le rang de la France en Europe et dans le monde a été passé à la loupe. Mais il est un classement qui n’a pas été assez commenté dans notre pays (malgré sa publication en mars par Le Figaro et L’Express), alors qu’il a fait l’objet d’un cahier spécial du Financial Times de Londres et a valeur de référence dans son domaine : il s’agit de l’enquête annuelle d’un cabinet d’études international qui, sous le nom engageant de Great Place To Work Institute, se donne comme objectif d’identifier les entreprises où il fait bon travailler. Or la position de la France dans ce classement est désastreuse.

Avec moins de 4% du Top 100 (qui est en fait un Top 119, en comptant le fait que certains groupes ont plusieurs filiales nationales différentes dans le classement), la France arrive dernière des pays européens participants. Le Danemark a plus de soixante fois plus d’entreprises dans ce classement que nous par point de PNB, l’Allemagne en a presque quatre fois plus, le Royaume-Uni trois fois plus, l’Espagne deux fois plus. Pour compléter le tableau, les seules entreprises françaises de ce Top 119 sont… les filiales hexagonales de Bain, Morgan Stanley, PepsiCo, et WL Gore (l’inventeur du Gore-Tex).

Dans le classement complémentaire des entreprises en France, les suivants sont American Express, General Electric CFS, Ferrero (le chocolatier italien qui fabrique les Kinder Surprise), Microsoft, Federal Express, McDonald’s, et SC Johnson. Bref, parmi les entreprises où il fait bon travailler en France, les onze premières sont étrangères, dont dix américaines (Leroy Merlin est douzième). La honte totale.

Les biais de l’étude, s’ils existent, ne suffisent pas à expliquer la contre-performance. Le classement existe depuis 2002 et est bien connu dans le monde des ressources humaines ; donc il y a peu de chances qu’une entreprise susceptible d’être bien classée renonce à participer. Si tel était le cas, on voit mal pourquoi ce phénomène affecterait seulement la France, dont les grandes entreprises sont très internationalisées. Les salariés français ont certes été désignés par une étude récente (du cabinet FDS) comme les « plus râleurs du monde » ; mais la performance plutôt bonne de la Suède et du Royaume-Uni, qui arrivent pourtant juste après dans le classement des râleurs, montrent que la méthodologie Great Place To Work n’est guère affectée par ce facteur culturel. Il faut donc se rendre à l’évidence : les entreprises qui rendent la vie au travail très gratifiante sont plus rares dans notre pays qu’ailleurs. Parmi les causes possibles, on peut citer en vrac le modèle de management hiérarchique hérité de l’Ancien Régime et du bonapartisme, le paternalisme patronal, le syndicalisme de conflit, les rigidités créées par l’économie planifiée et les nationalisations de l’après-guerre, le poids de quelques familles et grands corps d’Etat sur le système financier et la gouvernance des entreprises...

Mais plutôt que de s’évertuer à identifier une cause unique qui sans doute n’existe pas, l’urgence serait d’abord de prendre conscience de l’ampleur du problème. Contrairement aux clichés, les difficultés de la France ne viennent pas toutes de l’Etat. Hors secteur public, les relations au travail au sein des entreprises mettent notre pays en désavantage dans la compétition mondiale pour la matière grise. Les firmes américaines en profitent pour faire valoir leurs avantages comparatifs et attirer sans trop de publicité nos meilleurs talents, mais le niveau élevé de leurs investissements dans l’Hexagone ne peut suffire à nous assurer une croissance durable.

S’il y a bien une crise de la valeur travail en France, celle-ci est qualitative et collective, au moins autant qu’elle est quantitative et individuelle. La défiscalisation des heures supplémentaires ne peut donc suffire à la dénouer, pas plus que la réduction du temps de travail ne pouvait régler le problème du chômage. L’Etat doit créer des conditions favorables, mais la clé est avant tout dans les mains des dirigeants et cadres d’entreprises, qui devront pour cela repenser leurs méthodes de gestion et leur relation avec les salariés.


Source : Great Place To Work Institute Europe

Article paru dans La Tribune du 21 mai 2007, publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Nicolas Véron est économiste au sein du centre européen de réflexion Bruegel, associé de la société de conseil ECIF

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