Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : THE SUN SHINES,THE SKY IS BLUE
  • : Blog de liens divers . Quelques commentaires de temps en temps .
  • Contact

  • turandot

L'eau est à tous

550239 440438599350624 1748426065 n

Recherche

Je soutiens

29maieu-80-15v2.pngnddl-non.png

Archives

SAEZ

LIENS AMIS

http://turandot.over-blog.net/tag/LIENS%20AMIS%20DANS%20LE%20DESORDRE/

8 octobre 2007 1 08 /10 /octobre /2007 10:06
http://www.monde-diplomatique.fr/2007/08/BERGER/15005



Pour favoriser l’obéissance

Effacer le passé ?


On a voulu, récemment en Pologne, sanctionner les vétérans des Brigades internationales, qui avaient pourtant défendu la démocratie durant la guerre d’Espagne. Au même moment, on rendait hommage à Milton Friedman, père du néolibéralisme et conseiller du général-dictateur Augusto Pinochet. A l’occasion d’une rencontre avec une femme médecin russe de 83 ans, le grand écrivain britannique John Berger réfléchit sur les amnésies sélectives.
Par John Berger

On peut lire les apparences comme on lit les mots et, entre toutes les apparences, le visage humain est peut-être l’un des textes les plus longs.

Alexandra s’est rendue à Paris pour la première fois de sa vie – elle a 83 ans – le printemps dernier. Jusqu’à il y a deux ans, elle exerçait la médecine à Moscou. Elle est née à Koursk, à 800 km au sud de la capitale. Je l’ai rencontrée grâce à des amies russes, et nous avons dîné tous les quatre autour d’une table dans un jardin de la banlieue sud de Paris. Je lui ai demandé ce qui l’avait décidée à étudier la médecine. La multitude de morts et de blessés durant la bataille de Koursk , m’a-t-elle répondu. Cette bataille suivit celle de Stalingrad, et ouvrit à l’Armée rouge la voie vers Berlin.

La conversation se poursuivait lentement dans le jardin. La manière de parler d’Alexandra, qui paraît considérablement plus jeune que son âge, est aérienne, détendue et pondérée à la fois. La nuit tombait et nous sortîmes des bougies. A l’écouter parler, il me revint une phrase de Heidegger, « le langage est la maison de l’Etre ». Alexandra ouvrait la porte et l’on se sentait alors chez soi dans cette maison.

Lorsqu’elle obtint son diplôme de médecin dans les années 1950, elle fut immédiatement envoyée dans une ville située juste à côté d’une mine d’uranium, au Turkménistan. Les mineurs étaient des zeks  du goulag. L’Union soviétique avait alors urgemment besoin d’uranium pour fabriquer ses bombes et parvenir à la parité nucléaire avec les Etats-Unis afin d’établir le système de « dissuasion réciproque », qui dura jusqu’en 1989.

Au bout de quelques années, presque tous les mineurs mouraient du cancer. Je l’ai eu aussi, a dit Alexandra. J’ai prié. J’ai guéri et je suis rentrée à Moscou où j’ai exercé pendant quarante ans encore comme pédiatre.

Pendant qu’elle parlait, mangeait et riait dans le jardin (« D’où vous vient cette énergie ? – Des gens ! C’est simple, j’aime les gens. »), pendant ce temps, j’éprouvais le besoin insistant de la dessiner. J’attirai son attention et elle acquiesça d’un signe de tête. Avant qu’elle ne se lève pour partir, je lui demandai de choisir entre les deux dessins que j’avais faits. Elle choisit le plus hésitant. Délibérément, je crois. Elle voulait que je garde le plus fort.


 

SUITE..


Partager cet article
Repost0

commentaires