Blog de liens divers . Quelques commentaires de temps en temps .
« L’ARNAQUE de la dette publique »
par André-Jacques
Holbecq :
« (…) Entre 1980 et 2006, la dette a augmenté de 913 milliards d'euros, alors que nous avons payé 1 176 milliards d'euros d'intérêts. Si nous n'avions pas eu à emprunter ces 913 milliards d'euros sur les marchés monétaires, c'est-à-dire si nous avions pu créer notre monnaie, faire exactement ce qu'ont le droit de faire les banques privées, la dette qui était de 229 milliards d'euros début 1980 serait totalement remboursée et nous disposerions en plus d'un solde de trésorerie positif de 34 milliards d'euros.
Conclusion : 1 167 milliards d'euros d'intérêts payés pendant 27 ans, c'est à peu près 119 millions d'euros par jour (oui, par jour !) que nous payons aux déjà plus riches qui d'ailleurs peuvent ainsi nous les reprêter à nouveau contre intérêt.
Et ces 43 milliards par an sont l'équivalent de 240 Airbus A350, ou de 3 porte-avions "Charles de Gaulle", ou de 40 000 belles villas sur la Côte d’Azur, ou de l'isolation (en comptant 10 000 euros par foyer) de 4 270 000 logements, ou un salaire net de 18 000 euros annuel, salaire médian en France, versé à 2 380 000 personnes... Mais vous pouvez trouver d'autres exemples !
Nous préconisons, au niveau national, soit une reprise du droit de seigneuriage (droit régalien d'émettre la monnaie), éventuellement par émission d'une monnaie complémentaire (voir ECS), soit, au niveau de la zone euro :
1 - Le gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE) doit pouvoir être contraint à une émission monétaire centrale (sans intérêt) par une décision conjointe de la Commission ou du Conseil européen (c'est-à-dire les chefs d'État), ET des députés européens des pays de la zone euro.
2 - Les critères de Maastrischt doivent être revus, et spécifier désormais :
a) que les budgets des États doivent être équilibrés en "fonctionnement" + "amortissements". Nul État de la zone euro ne peut déroger à cette règle.
b) que les États peuvent financer leurs équipements (budget d'investissements) par un appel à création monétaire sans intérêt de la BCE. Néanmoins pour garder une égalité de traitement entre tous les États de la zone euro, les émissions monétaires seront réparties égalitairement au prorata de la population de chaque Etat.
Pour justifier cette nécessité, le lecteur doit savoir que, depuis 1973, la France ne crée plus de monnaie pour combler ses propres déficits, que ce soit en fonctionnement (salaires et retraites des fonctionnaires, loyers, etc.) ou en investissements pour son développement (écoles, routes, ponts, aéroports, ports, hopitaux, bibliothèques, etc.), mais qu’elle emprunte sur les marchés monétaire en émettant des obligations (bons du Trésor) sur lequel évidemment elle doit payer un intérêt à ceux qui souscrivent (40% du montant par des résidents, 60% par des non-résidents). Ceci a pour conséquence, comme nous l'avons vu plus haut, qu'au fil des années la dette s'alourdit d'un montant sensiblement égal au "déficit", qu'il faut couvrir par l'emprunt, c'est-à-dire par l'émission d'obligations nouvelles auprès du public et surtout des investisseurs institutionnels (assurances, banques, etc.). »
événement
« Juste un salaire digne de ce nom ! »
Grève . Dans une filiale de Danone, les salariés payés au SMIC luttent pour leurs salaires. La direction leur dit d’attendre la défiscalisation des heures sup afin de gagner plus en se tuant à la tâche.
Il s’excuse presque. « Je ne suis qu’un modeste ouvrier, vous savez. Je ne connais pas toute l’histoire. » Avenue de Versailles, près du pont Mirabeau, mais très rupin, en plein 16e arrondissement de Paris, au coeur du triangle de la petite cuillère en or, Auteuil-Neuilly-Passy, il y a un drôle de lieu : cette ex-usine de pompage, qui date de la fin du XIXe siècle, avec aujourd’hui, d’un côté, le Pavillon de l’eau, bel écrin d’architecture industrielle réhabilité et à peine inauguré, et de l’autre, le site, plus délabré, d’embonbonnement de l’eau de Chateaud’eau, une filiale de Danone, qui emploie au total 500 personnes en France. Ici, à l’usine dite « de Passy », les ouvriers sont moins d’une dizaine. Autant dire qu’ils ne sont rien, ou si peu, une poignée tout juste, à scruter au microscope dans le train fou de l’actualité. Lancés dans une grève, improbable au premier coup d’oeil, avec les faibles moyens du bord, le 31 mai dernier, les sept salariés en CDI réclament une augmentation de leur salaire de base et combattent la perspective vantée par leur direction de ne gagner plus qu’à la condition de faire des heures sup, une fois que la défiscalisation promise par le gouvernement Fillon sera entrée en vigueur.
« Ah, ça, il a dû y en avoir des luttes, avant nous, dans cette usine », respire Marie-Christine Gérardin, déléguée syndicale CGT. Les gars ne connaissent pas vraiment l’histoire sociale du lieu, et ils le regrettent, même s’ils ont quelques intuitions grâce à ces photos d’ouvriers retrouvées dans les combles d’une tour désaffectée de leur usine, mais mercredi, en humant l’air dans la cour devant le portail, ils la convoquent pour inscrire le présent dans sa lignée. Un sentiment de cousinage avec les ancêtres si vif qu’il amène le plus âgé des « modestes ouvriers », celui qui prétend « ne pas connaître toute l’histoire », à s’étrangler : « Si ça continue, on va perdre tous les acquis sociaux, gagnés sous Léon Blum grâce au Front populaire. On va revenir à la semaine de quarante-huit heures, et bientôt, chacun devra régler seul pour la Sécu... Le monde va changer et, c’est sûr, ce sera en pire. »
Au départ du mouvement de grève à l’usine Chateaud’eau, un cocktail d’exaspérations : blocage, au ras des pâquerettes du SMIC, des salaires de base à 1 296 euros brut depuis 2004 - à l’époque, au terme de cinq semaines de lutte, la direction avait octroyé une augmentation générale de 80 euros et, depuis lors, les salaires n’ont pas augmenté d’un centime -, perspective de travailler plus longtemps sur la journée malgré la pénibilité du boulot et offre de profiter à l’avenir des heures sup à gogo et à bon compte pour les finances de l’entreprise...
« Pour le groupe, l’eau, c’est du pétrole, c’est très lucratif, dénonce un salarié. Les fontaines d’eau pour les entreprises, c’est un marché en expansion, extrêmement rentable. » Alors que la direction de Chateaud’eau réagit au mouvement en se livrant à des calculs d’apothicaires afin d’intégrer, via les tickets resto par exemple, quelques clopinettes dans le salaire de base (1), la belle équipe des grévistes continue, elle, de réclamer une augmentation des salaires de base à 1 500 euros et refuse de trimer neuf heures par jour, quatre jours par semaine, pour gagner entre 8 et 12 euros de plus par mois. « C’est dingue de devoir faire tout ce cinéma pour une pacotille, interpelle un ouvrier, le coeur ouvert. Alors, à un moment donné, on craque et on arrête : trop, c’est trop. Notre patron, il devrait savoir qu’il y a des gens qui veulent que leurs salaires augmentent, ça passe aux infos quand même parfois, et on n’est vraiment pas les seuls dans le pays. » Un autre amène les conditions de travail sur le tapis : les produits chimiques pour nettoyer les bonbonnes irritent la gorge et piquent les yeux et, dans les activités de manutention, les ouvriers doivent déplacer de temps en temps ces produits qui pèsent une vingtaine de kilos. « Moi si je devais travailler neuf heures par jour, je crois bien que je n’aurais même plus la force de rentrer chez moi, à la fin. Ça m’épuiserait. »
« Chaque année, début juillet, le SMIC, il monte un tout petit peu pour payer le coût de la vie, observe un salarié, et toutes les entreprises, elles donnent quelque chose pour les salaires, mais chez nous, c’est jamais rien depuis 2004. Si on restait à dormir, ça pourrait se comprendre, mais là, la production augmente et les salaires régressent. On ne demande pas la gloire non plus, juste un salaire digne de ce nom ! » Dans ce joint-venture, dont le groupe Danone détient la majorité des parts, Marie-Christine relève que, dans le même temps, la répartition des richesses existe... pour la direction en tout cas. « Comme ils pensent qu’on est trop cons pour lire le bilan social, ils ne se gênent pas, raille-t-elle. Ils croient que les petits ouvriers ne sauront pas que les dix plus gros salaires de Chateaud’eau se sont arrangés pour s’octroyer des augmentations de 21 % l’année dernière. Et ça, ce n’est même pas parce qu’ils auraient fait des heures sup, ou qu’ils auraient travaillé plus pour gagner plus ! Quand on voit ça et qu’on connaît les bricoles qu’ils nous proposent, c’est écoeurant. »
Après avoir eu des responsabilités au sein de la direction de LU France (branche biscuits de Danone), Mohamed Marfouk, directeur général de Chateaud’eau, s’occupe personnellement, ces derniers jours, de l’avenir des grévistes de l’usine de Passy. À la manière du nouveau président de la République, semble-t-il : avec une carotte riquiqui et une forêt de bâtons. « Notre patron est très heureux de l’arrivée au pouvoir de Sarkozy, atteste Marie-Christine Gérardin qui, hier midi, est allée distribuer un tract devant le siège
social de Danone, boulevard Haussmann, à Paris. Il nous a expliqué qu’il fallait attendre le mois d’octobre et qu’à partir de là, avec la défiscalisation des heures sup, ils allaient offrir plus de fric à ceux qui voudraient en faire... Cela lui permet, dans le même temps, de faire des économies sur les salaires des CDD qui ne seraient pas reconduits. » Or, sans surprise, vu la pénibilité du travail, les candidats aux heures sup ne se pressent pas au portillon : « On veut gagner plus parce qu’on travaille déjà trop », glissent-ils en substance.
Embarrassée par un mouvement qui entrave, pour l’heure, une production stratégique - Chateaud’eau a une concession jusqu’en 2010 pour exploiter la nappe d’Albien, une gigantesque réserve sous le bassin parisien, en contrepartie du stockage et de la mise à disposition sur le champ, à Paris, de dizaines de milliers de bonbonnes en cas de catastrophe - la direction de la filiale de Danone commence à menacer les grévistes. Un des gars a reçu un « avertissement » pour avoir qualifié de « plan de nazes » les réponses de la direction. Il lève les yeux au ciel : « Mais si "nazes", c’est une insulte, où on va ? Ils essaient de faire peur pour qu’on se taise. Si on ne peut même plus être natures, dans quel monde on va vivre ? » Un autre craint des mesures de rétorsion après la grève. Mercredi soir déjà, Mohamed Marfouk est venu en personne exposer aux salariés les conséquences de leur mouvement sur leurs fiches de paie. Plus tôt dans la matinée, il a envoyé un « cariste » en costume-cravate pour « casser la grève », selon les ouvriers de l’usine de Passy, qui ont pris la scène en photo dans le but de la transmettre à l’inspection du travail et, jeudi, une petite équipe d’intérimaires est venue relancer la production au nez et à la barbe des grévistes. Adossée au Pavillon de l’eau, Marie-Christine Gérardin s’épanche : « Quand j’ai décidé d’aller au comité d’entreprise, je rêvais de m’occuper des voyages, des trucs sympas, mais avec tout ce qui se passe dans cette boîte, je me retrouve à me coltiner que du social et du hard ! Je ne pensais pas être aussi vindicative, mais il le faut après tout. On n’a plus le choix. »
(1) Contacté à plusieurs reprises, Mohamed Marfouk, directeur général
de Chateaud’eau en France (filiale de Danone), n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.