Blog de liens divers . Quelques commentaires de temps en temps .
« Un ancien du gouvernement Reagan affirme que Bush et Cheney
préparent un nouveau 11 septembre »
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=27674
« Les services secrets américains auraient tenté d’introduire des explosifs
au G8 de Heiligendamm »
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=26980
Deux articles et débats très intéressants
(au passage, il faudrait écrire un livre sur les trolls :o)
Je voudrais relier cette série d'informations sur les prétextes invraisemblables invoqués par la Maison-Blanche (la théorie du complot islamiste) avec cette pensée puissante de Simone Weil, dans un texte formidable que je vous ai signalé naguère et qui s’intitule "Quelques réflexions sur les origines de l’hitlérisme (écrit en 1939-1940)" :
« (...) Le maître doit toujours avoir raison, et ceux qu'il punit toujours tort. Une habileté considérable est nécessaire à cet effet.
Deux opinions sur la force et le droit, l'une et l'autre erronée, l'une et l'autre fatale à qui s'y fie, abusent les esprits médiocres ; les uns croient que la cause juste continue toujours à apparaître comme juste même après avoir été vaincue, les autres que la force toute seule suffit pour avoir raison.
En réalité, la brutalité muette a presque toujours tort si la victime invoque son droit, et la force a besoin de se couvrir de prétextes plausibles ;
en revanche des prétextes entachés de contradiction et de mensonge sont néanmoins assez plausibles quand ils sont ceux du plus fort.
Quand même ils seraient trop grossiers, trop transparents pour tromper personne, ce serait une erreur de croire qu'ils sont de ce fait inutiles ; ils suffisent
pour fournir
une excuse aux adulations des lâches, au silence et à la soumission des malheureux, à l'inertie des
spectateurs, et permettre au vainqueur d'oublier qu'il commet des crimes ; mais rien de tout cela ne
se produirait en l'absence de tout prétexte, et le vainqueur risquerait d'aller alors à sa perte. Le loup de la fable le savait ; l'Allemagne l'a oublié en 1914 et a payé cher cet oubli, au
lieu qu'elle le sait maintenant ; les Romains le savaient fort bien.
C'est pour cela que, selon Polybe, ils prenaient presque toujours un très grand soin ou de sembler observer les traités ou de trouver un prétexte pour les rompre, et de paraître mener partout des guerres défensives.
Bien entendu, leurs desseins étaient seulement voilés par ces précautions et n'y étaient jamais subordonnés.
Cet art de conserver les apparences supprime ou diminue chez autrui l'élan que l'indignation donnerait, et permet de n'être pas soi-même affaibli par l'hésitation.
Mais, pour que cet effet se produise pleinement, il faut être réellement convaincu qu'on a toujours raison, qu'on possède non seulement le droit du plus fort, mais aussi le droit pur et simple, et cela même quand il n'en est rien.
Les Grecs n'ont jamais su être ainsi ; on voit dans Thucydide avec quelle netteté les Athéniens, quand ils commettaient de cruels abus de pouvoir, reconnaissaient qu'ils les commettaient. On ne bâtit pas un empire quand on a l'esprit si lucide.
Les Romains ont pu parfois reconnaître que des sujets suppliants avaient été soumis à des cruautés trop grandes, mais ils le reconnaissaient alors en gens qui, loin d'éprouver des remords, s'applaudissaient de condescendre à avoir pitié ; quant à admettre que des sujets révoltés ou des ennemis pussent avoir quelque bon droit, ils n'y songeaient même pas.
(...) une telle satisfaction de soi, appuyée par la force et la conquête, est contagieuse, et nous en subissons encore la contagion.
Rien n'est plus essentiel à une politique de prestige que la propagande ; rien ne fut l'objet de plus de soin de la part des Romains. Chaque Romain d'abord était un propagandiste naturel au service de Rome (...) »
Pour le gouvernement de Bush (et pour les autres), il est essentiel de "justifier" ses méfaits par un prétexte, fut-il calamiteux : il suffit que le prétexte existe.
Les vieilles grosses ficelles du pouvoir et notre insondable et éternelle crédulité sont proprement passionnantes.