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Le référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l'Europe (TCE) et le débat qu'il a suscité ont servi de révélateur pour un grand nombre de citoyens qui ne s'occupaient pas de politique jusque-là : révélateur d'une faiblesse inquiétante de la démocratie dans laquelle nous vivons. En Europe, mais aussi en France, aucun organe important n'est soumis à un contrôle efficace et on vérifie tous les jours que les élections ne sont pas du tout un contre-pouvoir satisfaisant.
À l’occasion de cette réflexion institutionnelle sur l’Europe, il est apparu que nos représentants se sont progressivement, depuis longtemps, affranchis de tout contrôle sérieux.
Ainsi nos institutions semblent n’avoir que l'apparence de la démocratie, une supercherie, et les citoyens découvrent qu’ils sont, de fait, exclus de la prise de décision et du débat qui précède les décisions : quand on recherche les moyens que nous avons de résister à une mauvaise décision, on s'aperçoit qu'il n'en reste pas. Entre deux élections, il ne nous reste que la rue pour résister, ce qui n'est pas une institution et ce qui montre bien le peu d'importance que les rédacteurs de nos constitutions, en Europe et en France, donnent à la volonté populaire, deux cents ans après la Révolution française.
De fait, la souveraineté du peuple a été dévoyée par la souveraineté des élus, qui constitue donc une aristocratie, au mauvais sens du terme (celui de voleurs de pouvoir). Chaque fois qu'on parle de donner un pouvoir réel au peuple, chaque fois qu'on demande que soient institués un moyen d'expression directe et un processus de décision autonome pour les citoyens eux-mêmes dans les cas qu'ils considèrent graves (un peu de démocratie participative, directe), les voleurs de pouvoir et leurs complices brandissent le mot "populiste" chargé d’un mépris assez révélateur de la crainte (inavouable) d’une authentique démocratie.[2]