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Collaboratrice du Monde Diplomatique, Mona Chollet vient de publier un ouvrage roboratif sur l'imaginaire sarkozyste (celui du président et de ceux qui le suivent), et la fascination « béate et complaisante » par laquelle répondent les médias et une grande partie de la classe politique à l'exercice de sa pratique et de son pouvoir présidentiels.
Une des raisons du succès de Sarkozy lors de la dernière élection présidentielle (on ne parlera pas ici de la faiblesse idéologique de son antagoniste) est qu'il est parvenu, relayé évidemment par un matraquage médiatique qui a pris, à persuader quantité de gens - en particulier de condition modeste - qu'ils étaient entourés de cossards et de parasites. En outre, et sans que ce soit jamais explicite, il s'est arc-bouté sur le slogan des années quatre-vingt de Margaret Thatcher selon lequel « la société n'existant pas », le salut ne peut être qu'individuel, dans l'acceptation des règles et de l'organisation socio-économique telle qu'elle est. La vie en groupe, en bande, en communauté selon Sarkozy s'inscrit dans un monde sans solidarité, un monde d'ambitions individuelles, l'univers pré-darwinien du « survival of the fittest ». D'où ce slogan de lutte des classes, de guerre civile ; « travailler plus pour gagner plus », c'est-à-dire, pour les salariés, de « produire toujours plus de richesses qui retombent de moins en moins dans leurs poches ». Mona Chollet rappelle que, selon les chiffres de l'OCDE, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises, après avoir augmenté de 1971 à 1983, de 57% à plus de 64%, n'a plus cessé de diminuer depuis. Les facteurs quantitatifs ne sauraient faire oublier les données qualitatives. D'après une étude du collectif Autres Chiffres du Chômage (ACDC) publiés le 29 mars 2007, 11,4 millions de salariés français occupaient en 2005 des « emplois inadéquats » (bas salaires, précarité, sous-emploi, pénibilité, dangerosité, déclassement professionnel selon les normes du BIT (http://acdc2007.free.fr/acdc4.pdf). Pour répondre aux exigences du capital financier, les entreprises flexibilisent les contrats pour pouvoir ajuster leurs effectifs en temps réel. Complices, les pouvoirs publics, de droite comme de gauche, se sont, depuis un quart de siècle, attaqués aux normes préexistantes de l'emploi. En 2008, trois embauches sur quatre se font en CDD, alors que la loi ne prévoit ce type de contrat que pour des motifs très précis. C'est pourquoi plus de quatre millions de salariés sont en situation de « travail insoutenable », c'est-à-dire dans des emplois qui ne permettent pas de préserver leur santé.