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La police doit se mettre à table : elle a embastillé l’an passé 800 000 personnes en garde à vue ! FRANCE | Les malfrats ne sont pas les seuls concernés. Les automobilistes constituent une part importante de la «clientèle».
Jean-Noël CUÉNOD Correspondant permanent à Paris | 27.01.2010 | 19:13, cf tribune de geneve
A la manière des suspects qu’elle interroge quotidiennement, la police française n’avoue que sur présentation des preuves ! Récemment, le ministère de l’Intérieur a annoncé que les policiers et gendarmes avaient procédé à 600 000 gardes à vue, l’an passé. Faux ! rétorque le journaliste de France-Info Mathieu Aron dans son livre Gardés à vue qui paraît jeudi aux Editions Les Arènes : il y en a eu 900 000. Ainsi poussé dans ses derniers retranchements, le ministère s’est mis à table en lâchant le nombre de 800 000 gardés à vue en 2009.
Qui sont ces 200 000 «suspects» miraculeusement retrouvés dans les statistiques? Il s’agit d’automobilistes en froid avec le code de la route. Car, la garde à vue ne concerne pas les seuls malfrats. Une simple infraction routière peut vous conduire à être menotté, embarqué au poste, fouillé à corps, embastillé durant plusieurs heures en cellule et interrogé, plus ou moins aimablement.
24 heures en Suisse, 48 heures voire 96 heures en France
En Suisse, notamment dans le canton de Vaud et à Genève, les policiers doivent présenter leur suspect au juge d’instruction 24 heures après l’interpellation, au maximum. En France, ce délai est porté à 48 heures et même à 96 heures pour une série d’infractions, dont l’ «association de malfaiteur en vue d’une entreprise terroriste». Or, «Human Rights Watch» accuse certains policiers français d’abuser de cette incrimination afin de prolonger indûment les gardes à vue.
Violences et odeur nauséabonde
La Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France à quatre reprises depuis 1992 à la suite de violences sévères exercées par des policiers lors de gardes à vue. En janvier 2008, la Cour d’appel de Rennes a condamné l’Etat à indemniser — entre 1500 et 4000 euros — des personnes mises en garde à vue alors qu’il s’agissait de témoins et non de suspects. Enfin, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté Jean-Marie Delarue a dressé en juin dernier un constat nauséeux sur les conditions d’hygiène de certaines cellules où croupissent des «gardés à vue». Celle de Boulogne-Billancourt, près de Paris, par exemple : «Les toilettes à la turque débordent. (...) Une odeur nauséabonde saisit toute personne pénétrant dans une cellule même inoccupée».