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Tout récemment, lors d'une séance du Comité d'établissement de la grande entreprise qui m'emploie, et alors que la discussion roulait son train-train quotidien sur les sempiternelles mêmes questions récurrentes depuis des années, les résultats, les objectifs, la réorganisation de tel ou tel service..., je me suis hasardé à prévenir qu'il nous faudrait peut-être songer à affronter un jour les graves évènements qui sévissaient à l'extérieur de notre espace ouaté et climatisé. Regards stupéfaits, rires empruntés, puis explosion des quolibets et des sarcasmes. Non seulement dans les rangs des représentants de la direction, mais aussi dans ceux de mes compagnons de route syndicale.
Le pire problème que nous ayons à affronter aujourd'hui, plus que la chute de tout un système, c'est l'irrationalité avec laquelle on accueille celle-ci.
Je ne parle pas seulement de l'irrationalité de ceux qui prétendent aux titres de dirigeants, d'autorités ou de spécialistes. Ceux-là n'ont RIEN vu venir, n'ont RIEN anticipé. Eux qui, maintenant que la catastrophe est consommée, sont incapables d'ADMETTRE. Eux qui, il y a peu, nous clamaient que la crise était spécifiquement américaine. Puis qu'elle était derrière nous. Puis que euh... bien sûr, elle est encore là mais pas pour longtemps, dormez en paix braves gens, la situation is under notre contrôle...
Cette irrationalité, cette incapacité à voir les choses en face, se retrouvent hélas chez nos proches, nos collègues, les foules.