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Dans les traversées de crises aussi graves que celle d'aujourd'hui, une des pires choses est le manque de lucidité. Mais pire encore que ce pire est le refus, la négation de cette lucidité, quand celle-ci nous aveugle. Confusément ou non, on SAIT, mais on se refuse à croire, à voir, à admettre l'évidence. Par peur, parce que cette évidence dépasse ce que notre raison est prête à accepter, parce que nous nous laissons enfumer docilement par les appels à une prétendue "modernité", parce que nous sommes d'indécrottables optimistes quant aux ressources salvatrices de la nature humaine. Je suis persuadé que beaucoup pressentent désormais un dénouement douloureux à notre tragédie, une issue qui ne viendra pas des urnes, mais de la rue. Un passage obligé par un épisode violent.
Car enfin, il n'est que de constater que notre démocratie n'existe plus, totalement dévoyé par ceux-là mêmes qui s'en sont emparé et ne s'en servent que comme commode paravent. Ceux-là, avec l'aide appuyée des médias soumis aux puissances d'argent, nous imposent les candidats, et par conséquent les dirigeants qui leur sont acceptables, ne tolèrent que les opposants inoffensifs. L'actuel va-et-vient éhonté des ambitieux entre les différents partis politiques illustre crûment cette déviance. Toute tentative d'incursion subversive par les voies du système sera impitoyablement tenue à l'écart et marginalisée.
Nous ne sommes même plus dans des États de droit.