Alors que l’abstention record au 1er tour des régionales signifie le désaveu de toute la classe politique bien au-delà du seul Sarkozy, j’ai décidé de manifester le
mien en boudant tout simplement le sujet, pour consacrer pleinement ce billet, à cet immense malaise américain qui s’égrène, devant nous, dans le plus
grand silence, au grès des brèves et à l’ombre des Unes de presse. Pour tenter de cerner ce malaise profond dont la crise est manifestement un
déclencheur, je crois qu’il faut plonger jusqu’aux racines de la mentalité américaine. Mais comment comprendre cette Amérique, à la fois si proche et si loin de nous? Cette proximité et cette
distance que l’on perçoit de temps en temps, en regardant par exemple un film de Clint Eastwood ?
L’Amérique et ses 52 étoiles seraient-elles prisonnières d’un drapeau désormais terni par la crise ? 52 états, comme autant d’atomes entrelacés au cœur d’une molécule si instable qu’il
suffirait d’un rien… Peut-être !
Et oui, donc, ces derniers temps, l’Amérique a le blues, et même plutôt sévère ! Etonnant, non ?
Parce qu’on échappe totalement à cette impression en écoutant distraitement la radio, ou en lisant gentiment nos gazettes préférées !
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Fin Janvier, n’apprenions nous pas que son PIB avait bondi de 5.7, au quatrième trimestre 2009, concrétisant les jeunes pousses annoncées à grand renfort de
tambour et trompette au printemps dernier ?
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Sur la même lignée et selon un article du Monde, paru ce Week End ; les bourses se refusent au
pessimisme, et renoncent à écouter plus longtemps le discours des Cassandres tel que Mr Roubini. « Il
est toujours très négatif. Ce n'est une surprise pour personne. Il n'a peut-être pas tort, tout ne va pas bien, mais pour le moment, nous, on parie sur la reprise, »…« Pour le marché, il n'y a pas de raison d'être"bear" (pessimistes) car les signes de reprise s'accumulent au sein de la première économie mondiale. Le chômage commence à se tasser et les ménages américains dépensent à nouveau. »
Pourtant, en parcourant les brèves compilées par
ContreInfo, ou encore la revue de Jovanovic, ce n’est pas du tout la même ! Voyez plutôt, comme le tableau s’assombrit avec ces quelques échantillons, tous prélevés sur les mois de Février/Mars :
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L’Illinois est en faillite, avec 13 mds de déficit sur un budget de 28 mds USD, un bus sur cinq est supprimé, les
bibliothèques sont fermées un jour par semaine, les écoles se préparant à licencier les enseignants, les véhicules de police sont saisis par les créanciers…
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Plusieurs états licencient en masse, principalement des enseignants. Au Kansas on ferme la moitie des écoles
publiques et dans d’autres états, on
envisage de supprimer la classe de terminale,
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La Californie, en faillite, est moins solvable que le
kazakhstan . Certaines villes ont même décidé de facturer … les appels aux urgences médicales !
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Le chômage réel atteint au moins 16,8% contre 9,8 officiellement, et pourtant 72% des salariés âgés de plus de 60 ans
ne peuvent arrêter de travailler faute d’une retraite suffisante.
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A voir aussi sur cette carte des USA, les 26 Etats qui ont vidé leurs allocations chômage, qui n'ont plus un centime, et sont devenus
insolvables. C'est la Fed qui leur fait des prêts...pour continuer »
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L'emploi aux US est soi-disant en voie d'amélioration mais le nombre de travailleurs découragés (Traduit de la Novlangue : Sortis des statistiques officielles du
chômage) augmente tous les mois :
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A Detroit, un tiers de la ville est inoccupé ou à l’abandon,
Ajouter à cela, qu’un quart des emprunts immobiliers (11 millions de ménages) sont d’un montant supérieur au prix du bien financé, et que la situation de l’immobilier commercial continue de se dégrader.
Comment les chiffres et les faits peuvent-ils s’opposer à ce point ? On a beau avoir le cœur bien accroché à l’American dream, admettez qu’il y a de quoi fiche
le bourdon ! Il y en a d’ailleurs, qui commencent à craquer :
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Voir encore chez Jovanovic, Un américain suicidé explique son geste désespéré (Il a pris un avion de tourisme et s’est jeté sur une tour du Trésor), Un autre a décidé de détruire sa maison au
Bulldozer avant que celle-ci ne soit saisie, tandis qu’à l’Université de Berkeley, des manifestations d’étudiants écœurés virent à l’émeute après une hausse de 35% des droits
d’inscriptions.
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Outre ces quelques faits divers, Jovanovic nous signale aussi d’autres faits remarquables: les magazines sur les armes à
feu sont les seuls à avoir progressés sur un an (environ 10%), pendant que le reste de la presse s’effondrait jusqu’à -30% et l'Express, constate parallèlement une pénurie de munitions.
Des tendances encore bien plus préoccupantes sont révélées dans un rapport du SPLC : le nombre de milices patriotes
a littéralement explosé en 2 ans, sur tout le territoire Américain comme on peut le voir sur cette carte. De 149 "groupes patriotes activistes" en 2008, on est passé à
512 dont 127 milices paramilitaires en 2009, soit une augmentation de 244 % »
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Le Monde caractérise ainsi cette irrésistible expansion de" l'Amérique de la haine" :« La "droite radicale américaine" peut être, c'est selon, homophobe, ségrégationniste, "pro-life", antigouvernementale, judéophobe, arabophone, sinophobe, latinophile,
xénophobe, conspirationniste, antisocialiste, néo-nazie, une combinaison de certaines de ces phobies ou de toutes à la fois. Surfant, via une rhétorique populiste, sur la colère grandissant
dans certains segments de la population américaine en raison des bouleversements politiques, démographiques et économiques récents, les activistes patriotes reviennent sur le devant de la
scène. »
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Mais L'analyse de
Dedefensa me semble beaucoup plus subtile : « Il n’y a rien de plus logique dans cet enchaînement,
aux USA aujourd’hui, dans le cadre d’une crise massive du système … et d’un courant populiste d’une ampleur sans aucun précédent. La constitution de “milices”, le développement de groupes
agressifs, le surarmement, sont des phénomènes qui s’inscrivent évidemment dans la dynamique actuelle, selon les traditions américaines les plus tenaces. On peut même dire que ces nouvelles complètent parfaitement la mise en place d’un paysage nouveau aux USA, où les événements s’ouvrent sur de graves possibilités de
désordres, d’affrontements et de ruptures politiques divers. »
Ce sentiment d’instabilité d’un système au bord de la rupture est partagé
par d’autres auteurs comme Niall Ferguson traduit sur ContreInfo
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« Les grandes puissances sont des systèmes complexes, formés d’un nombre très important de composants en
interaction, organisés de manière asymétrique. Ce qui signifie que leur assemblage s’apparente plus à une termitière qu’à une pyramide égyptienne. Ces composants opèrent quelque part entre
l’ordre et le désordre. De tels systèmes peuvent paraître fonctionner de manière relativement stable pendant un certain temps, semblant être en équilibre, alors qu’en fait ils s’adaptent
constamment. Mais vient un moment où les systèmes complexes atteignent un état « critique ». Un évènement déclencheur mineur peut provoquer une « transition de phase »
faisant passer d’un équilibre d’apparence inoffensive à une crise - un seul grain de sable peut provoquer l’effondrement d’un tas entier. »
Dans un autre article, dedefensa propose une analyse plus générale de la
situation qui se noue ou se joue autour de ces mouvements contestataires et des multiples contradictions spécifiquement Américaines qui montrent que « le système est à bout de souffle » :
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« Cette spécificité américaine originelle … exprimée notamment aujourd’hui dans le localisme paradoxal des libertariens (à la fois ennemis absolus de l’interventionnisme de l’Etat et adeptes du libre-échange complet, mais aussi adversaires
farouches de la globalisation, de l’expansionnisme, etc.), tient aux origines de l’Amérique, à sa perception
d’être exceptionnelle, à sa position géographique isolée perçue comme une rupture du monde ancien. »
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« Aujourd’hui, l’Amérique flotte dans un éther étrange, déchirée entre des extrêmes extraordinaires. Il y a d’une part un dispositif impérial,
de dimension mondiale, qui littéralement pompe l’argent de la République comme une sangsue suce le sang, tout en essuyant échec sur échec. Il y a d’autre part une situation intérieure
catastrophique, tant conjoncturelle (économie, chômage) que structurelle (infrastructure, cohésion civique). Il y a une élite à la fois totalement corrompue et, surtout, totalement impuissante, qui se discrédite elle-même et qui se met elle-même en accusation pour se justifier aux yeux du
public.
Il y a enfin la montée des diverses réactions publiques propres à un système contractuel, c’est-à-dire moins marquées par la violence de la recherche d’une rupture comme dans un Etat régalien
contesté, que par la diffusion de mouvements locaux ou populistes qui réclament par une pression grandissante le respect des termes du contrat
originel, notamment contre la représentation la plus spectaculaire de son viol qui est le déficit monstrueux du gouvernement pour des entreprises qui
n’ont rien à voir avec le contrat. Si le “centre” ne réagit pas dans le sens réclamé, il y a aura rupture unilatérale du contrat par les contestataires, – et, dans ce cas précis, la rupture sera brutale s’il le faut
(hypothèses de fractionnement des USA, de sécession, etc.).
…Mais le “centre” ne peut pas réagir parce qu’il ne peut plus réagir à rien; parce que, comme l’on dit, y compris une Clinton ou un Biden, Washington est brisé, – “the system is
broken”… »
Il ne faudrait pas oublier que cette rupture contractuelle est inscrite dans la déclaration d’indépendance comme nous
le rappelle Howard Zinn, dans son livre "la mentalité américaine"
(Suivre le lien pour lire le résumé du Yéti) :
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« les gouvernements sont établis par le peuple, dont ils sont la création, et existent en vue de l’accomplissement de certaines fins, dont le droit pour
tous à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur. La déclaration d’indépendance stipule que : « Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le
peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement. »
Mais l’auteur précise aussi que c’est bien plus grâce aux luttes pour la justice et non au patriotisme de
pacotille que la liberté fut établie et préservée aux Etats-Unis.
@ Bientôt