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28 juillet 2007 6 28 /07 /juillet /2007 11:14

http://www.betapolitique.fr/+Surpopulation-carcerale-vers-une-01098+.html

 

Dépêche AFP, 26/07/07

Surpopulation carcérale : vers une multiplication de plaintes de détenus Par David ARRODE

Une récente décision de justice va inciter les détenus à multiplier les plaintes pour conditions de détention "contraires à la dignité", alors que les prisons n’ont jamais été aussi peuplées depuis trois ans, estiment professionnels et associations interrogés jeudi par l’AFP.

Par un arrêt rendu public le 18 juillet, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Nancy a décidé pour la première fois de donner suite à la plainte contre X d’un détenu fondée sur l’article 225-14 du Code pénal, qui réprime le fait de soumettre une personne vulnérable à des conditions d’hébergement contraires à la dignité humaine.

La chambre d’instruction a considéré que l’article 225-14 s’appliquait à la prison, qu’un détenu était, du fait même de sa détention, une personne vulnérable et qu’il convenait donc d’instruire la plainte.

Le détenu en question avait passé plusieurs mois en 2006 à la maison d’arrêt de Nancy qui héberge 330 prisonniers pour 259 places.

Selon l’Administration pénitentiaire (AP), il y avait au 1er juillet 61.810 détenus pour 50.557 places dans les 192 prisons françaises, soit un taux moyen de surpopulation carcérale de 122%. Le nombre de détenus n’avait jamais été aussi élevé depuis juillet 2004.

La décision de Nancy pourrait donner lieu à d’autres procédures similaires. Déjà, un détenu du Val-de-Reuil (Eure) a déposé mardi une plainte auprès du procureur de Rouen sur les mêmes fondements qu’à Nancy, a-t-on appris jeudi auprès de son avocat, Me Etienne Noël.

Ce détenu a passé plus de quatre ans à la maison d’arrêt de Rouen dans des cellules comprises entre 10,80 m2 et 12,36 m2 et toujours en compagnie de deux autres prisonniers.

Dans sa plainte, dont l’AFP a eu une copie, Me Noël rappelle que le Comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe fixe en outre à 7 m2 "l’espace disponible minimal" par détenu.

L’avocat évoque également deux rapports d’expertise sur les installations de la maison d’arrêt de Rouen, remis en novembre 2005 et janvier 2006 et consultés par l’AFP, dans lesquels un médecin hygiéniste rappelait par exemple que "l’absence de séparation entre cabinet d’aisance et la pièce à vivre constitue un manquement grave au Code de la Santé publique".

Hugues de Suremain, juriste à l’Observatoire international des prisons (OIP), estime qu’"il va y avoir une pression accrue sur les pouvoirs publics pour que l’intolérable cesse" à travers d’autres plaintes.

Jean-François Forget, secrétaire général de l’Ufap, syndicat majoritaire chez les surveillants de prison, juge "de bonne guerre" que "la population pénale profite de l’actualité assez dense sur ce sujet ces derniers temps pour appuyer sur l’accélérateur" contre la surpopulation carcérale.

Le président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) Jean-Pierre Dubois "se réjouit de cette prise de conscience qui commence dans les juridictions", rappelant qu’en 2000, "deux rapports parlementaires avaient conclu que les conditions de détention étaient "une honte pour la République" mais la situation ne s’est améliorée qu’à la marge".

Les plaintes contre X doivent servir à déterminer les responsabilités "à n’importe quel niveau de l’Etat", selon Me Noël qui se dit convaincu que "c’est en accumulant les condamnations qu’on arrivera à faire bouger les choses".

La garde des Sceaux Rachida Dati a estimé jeudi sur LCI qu’il reviendrait au futur contrôleur général des prisons de "contrôler les conditions de vie des personnes privées de liberté".

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28 juillet 2007 6 28 /07 /juillet /2007 11:04
http://www.bakchich.info/article1469.html
 
La lubie de la Libye

jeudi 26 juillet 2007 par Joan Tilouine


Après huit années passées dans les geôles obscures, les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien, naturalisé bulgare, ont été spectaculairement libérés contre la modique somme de 461 millions de dollars, que se répartissent le Qatar et, indirectement, la France et l’Union Européenne (UE). Quel filou ce colonel Kadhafi, qui revient sur le devant de la scène avec ce gros coup fourbi depuis 1999. Coïncidence hasardeuse, cette date marque à la fois le début du calvaire de l’équipe médicale en mission à l’hôpital douteux de Benghazi et la livraison par Tripoli de deux suspects dans l’attentat de Lockerbie. Triomphante, la dream team de Sarko Ier, composée de sa douce Cécilia escortée par le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, a bel et bien arraché la victoire en rendant la liberté à l’équipe médicale condamnée à mort puis à la prison à vie par la justice libyenne. Les images tournées sur le tarmac de l’aéroport de Sofia, où s’est posé l’avion griffé « République française », ont fait le tour du monde et ont assuré la com de l’équipe de l’Élysée qui s’est subitement dépatouillée mordicus pour arracher les bulgares des griffes de Kadhafi, alias le Guide. Eclipsant peu ou prou les longues négociations menées dans l’ombre par l’UE à coup de promesses tous azimuts.

Le déroulement heureux de cette sombre affaire a fait sauter le cadenas commercial avec la Libye et ouvre les portes de la fastueuse caverne de Kadhafi Baba. Après les âpres négociations diplomatiques, place à l’épilogue économique. En visite ce mercredi 25 juillet avec le père Kouchner et la gracieuse Rama Yade pour palabrer bizness sous la tente présidentielle du Guide, Sarko Ier a plusieurs chapitres à aborder. Outre le chantier de l’Union méditerranéenne, la dite coopération « dans tous les domaines » entre Paris et Tripoli est plus que jamais à l’ordre du jour.

Après la tempête est venu le temps des chèques

SUITE.........



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28 juillet 2007 6 28 /07 /juillet /2007 09:24
http://www.altermonde-levillage.com/spip.php?article10983

L’immigration et l’égalité des droits, par Claire Rodier
LDH Toulon

samedi 28 juillet 2007

"Choisir" les immigrés pour ne plus les "subir". L’immigration est une fois encore en débat et les arguments simplistes refont surface. La spécialiste Claire Rodier, taille en pièces les idées reçues et propose une nouvelle vision. Celle de l’immigration inévitable et assumée.

Ci-dessous un article publié dans la revue Terra Economica du 24 mai 2006, sur la base d’un entretien avec Claire Rodier (membre du Gisti, présidente de Migreurop), sous le titre « Immigration mon amour ».

* Terra Economica : Michel Rocard, il y a quelques années, au sujet de l’immigration, avait eu cette phrase : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » [[Note de LDH-Toulon - La citation complète de Michel Rocard est : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part. » Ce qui a un tout autre sens.

Claire Rodier : En tout cas, pas celle qui arrive en France ni en Europe. D’abord parce que la formule est réductrice : l’immigration est plurielle, il ne s’agit pas toujours d’immigration contrainte, une partie d’entre elle est l’expression d’une volonté individuelle. Ensuite, parce que si la misère arrive chez nous, c’est dans de très faibles proportions. Les migrants chassés par les conflits, les catastrophes écologiques, la sécheresse, la famine, c’est principalement dans le sens sud-sud qu’ils se déplacent, ils n’arrivent que marginalement jusqu’en Europe. Pourquoi ? Parce que les frontières aujourd’hui s’avèrent extrêmement difficiles à franchir.

* Certains discours font état de déferlantes de populations immigrées en Europe. L’image est-elle juste ?

Elle est très exagérée, notamment à cause d’une spectacularisation du phénomène, comme cela s’est passé à l’automne dernier autour des événements dramatiques de Ceuta et Melilla, à la frontière hispano-marocaine. En 2001, environ un millier de demandeurs d’asile Kurdes de Turquie ont accosté sur la côte varoise à bord d’un vieux..........

SUITE.........


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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 09:42
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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 09:10
http://www.superno.com/blog/?p=132

Foutage de gueule par l’exemple

25 juillet : Pomponnette Sarkozy libère les infirmières bulgares des griffes de leur tortionnaire, le terroriste libyen Kadhafi.
Le lendemain, 26 juillet : Pompon Sarkozy vend une centrale nucléaire au même terroriste Kadhafi. (A moins qu’il ne l’ait confondu avec Johnny, sur la photo la ressemblance est troublante…)

Ah oui, mais attention, seuls les mauvais esprits, sans doute les mêmes salopards qui...

SUITE..........



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26 juillet 2007 4 26 /07 /juillet /2007 09:44
http://blog.emceebeulogue.fr/post/2007/07/25/Etats-Unis%3A-Bush-seme-la-panique

Par emcee le mercredi 25 juillet 2007, 23:23 - 



Les gogos yankees s'amusent à se faire peur avec des terroristes qui, armés jusqu'aux dents, n'auraient qu'une obsession: venir leur faire sauter le caisson.

Voir la suite en cliquant sur le lien

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26 juillet 2007 4 26 /07 /juillet /2007 09:27
http://www.politis.fr/Ni-sacralisation-ni-reniement,1717.html

jeudi 26 juillet 2007
 

De Mai 68, on reparlera fatalement au printemps prochain. Du moins si l’actualité nous en laisse le loisir. Bouillonnante et capricieuse actualité qui nous protège contre nous-mêmes, contre nos regrets, et nous met, tant bien que mal, à l’abri de l’interpellation rageuse de nos enfants, dieu merci, impitoyables quand il s’agit de brocarder nos nostalgies. En 2008, au milieu de tant d’autres médias, plus ou moins bien intentionnés, nous prendrons donc notre modeste part aux inévitables « cérémonies du quarantième anniversaire ». Au garde à vous avec les nouveaux « poilus », comme le dit drôlement Daniel Bensaïd. Mais aujourd’hui, c’est promis, il ne s’agit pas de commémoration. Si nous sommes, sauf erreur (et pardon d’avance, confrère inconnu qui se sentirait outragé par cet oubli), les premiers à reparler de « Mai 68 » dans un dossier de ce volume, c’est que les fameux événements ont été brusquement remis au coeur de l’actualité par un futur président de la République. Car voilà la surprise : dans la France de 2007, le candidat de la droite s’est fait élire sur ce slogan simple et pas du tout démagogique : « Français, haïssons Mai 68 ! » Flanqué de quelques transfuges, champions toutes catégories du reniement, Nicolas Sarkozy a invité ses concitoyens à maudire ces grèves, ces occupations d’usines, ces manifestations, cette contestation de l’ordre et, par-dessus tout, cet air impudent de liberté !

Voilà qui avait de quoi étonner. Si lui le disait, c’est que cette étrange révolution, qui s’est pourtant terminée par le triomphe du régime en place, devait avoir encore un certain intérêt. En fait, Nicolas Sarkozy, homme politique hyperréaliste, nous parlait moins de passé que d’avenir. Il s’est emparé de 1968 comme du symbole de toutes les révoltes. Il aurait pu pester contre les Trois Glorieuses ou les journées de février 1848, ou agonir les Communards, mais cette histoire est depuis longtemps dans les livres, recouverte de sacré. Avec 1968, les protagonistes sont vivants, les défauts visibles, les passions encore actives. Nous sommes dans cet entre-deux du passé qui autorise le fantasme et la contrefaçon. Les haines sont toutes prêtes à resservir. Quelle meilleure introduction pour entailler le droit de grève que d’attaquer la grève générale ? Ou pour faire un pas de plus vers la privatisation de l’enseignement supérieur que de réveiller le souvenir d’une révolte qui était partie de la crise de l’Université ? Le capitalisme a de la suite dans les idées. Edgar Faure posa en octobre 1968 les bases de « l’autonomie » des universités. Chacune aurait son budget à gérer. Mais le budget venait encore de l’État. Les Cassandre, aussitôt, y virent les prémisses d’une privatisation. Laprophétie mit quarante ans à se réaliser. Avec la loi de Mme Pécresse, nous y sommes presque. L’université aura àtrouver elle-même ses financements (on dit « partenariats ») en complément de subsides publics voués à s’effacer peu à peu. Entre-temps, c’est la lente stratégie du pourrissement qui a prévalu. Au point qu’il se trouve aujourd’hui assez d’universitaires pour penser que mieux vaut un bon sponsor que la pénurie d’État.

Quant à la grève, elle est attaquée non comme une arme pour se défendre d’un péril, mais comme un état d’esprit. Comme si les grévistes étaient des caractériels, et la grève une sale manie. Comme s’il n’y avait pas des fermetures de gares, de centres postaux, des réductions d’effectifs, des atteintes au service public. Le droit de grève est attaqué comme Nicolas Sarkozy a attaqué Mai 68. En lui volant son histoire, ses histoires. Enl’arrachant à une réalité toujours circonstanciée sans laquelle elle n’est plus que vaine agitation. Le mieux que nous ayons pu faire dans ce dossier, orchestré par Christophe Kantcheff, c’était donc de rendre le mouvement étudiant d’alors, puis la grève générale, à leur époque. Le piège aurait été, pour répliquer à un procès instruit hors contexte, de sacraliser les mots d’ordre et les comportements. C’est d’ailleurs le point de vue unanime de tous ceux qui ont contribué à ce numéro : ni sacralisation ni reniement. Chaque mouvement social a sa propre histoire. C’est aujourd’hui une autre histoire. Ou, plus exactement, la suite lointaine de la même. Mais il n’y a plus de « culture » de 1968. Ou alors il n’y a plus que cela, tant elle est devenue le bien commun de tous. Malgré tout, il subsiste quelque chose d’intemporel que 1968 n’a pas inventé, c’est l’esprit de révolte et le goût de l’utopie. C’est cela que déteste Nicolas Sarkozy. Au fond, il n’y aurait qu’une seule et fidèle façon de se souvenir de 68 pour le prochain printemps. Celle que nous épargnerait une actualité sociale trop abondante...

À NOS LECTEURS. Comme chaque année, ce numéro spécial sera en vente tout le mois d’août. Ce qui va nous permettre de prendre quelques vacances. Retour pour notre équipe le 23, et rendez-vous pour notre prochain numéro, le 30 août. Bon été à tous.


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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 09:05
Et pendant tout ce spectacle ,on démantèle tous nos droits...

http://www.betapolitique.fr/+Nicolas-Rachida-et-Cecilia-vus-par-01082+.html

Nicolas, Rachida et Cécilia

Par Akram Belkaïd, Paris,

Nicolas... Il est partout, il est omniprésent, il a un avis sur tout et n’importe quoi... Cela commence à devenir fatigant et, parfois, je me demande même si j’aurai les ressources nécessaires pour supporter tout cela pendant cinq ans, ou même dix, puisque le parti socialiste me semble bien mal en point. Trop, c’est trop. Pas une journée sans entendre le président de la République française me débiter un chapelet de banalités, de fausses confidences et de longues envolées d’autosatisfaction. Pas une journée sans échapper au buzz permanent que l’Elysée impose à la profession.

Tenez : je me lève le matin, sa voix s’échappe de mon poste de radio. Dans le métro, il ne se passe pas un jour sans qu’un ou plusieurs quotidiens ne me renvoient son nom et son visage à la figure. Et que j’te sauve l’Europe par-ci, et que j’te fasse le ménage chez Airbus par-là. Des pauvres gars se font écraser par un chauffard ivre ? Le Président réclame des peines sévères. Le 14 Juillet ? Le Président nous offre de la musique gratos sur le Champ-de-Mars. Il est partout, vous dis-je !

Il y a quelques jours, je voulais regarder le Tour de France. Comme souvent, c’est une étape de montagne que j’ai choisie. A votre avis, qui est apparu sur mon écran, émergeant d’une voiture suiveuse, le micro à la main, au point que j’ai d’abord cru à une résurrection du journaliste Robert Chapatte ? C’était le Raïs français en personne qui m’a infligé un cours magistral sur le cyclisme, l’effort et tout le baratin habituel de ceux qui pensent qu’ils sont les seuls à se lever tôt pour aller bosser. Sera-t-il sur la pelouse du stade de France pour le Mondial de rugby ? Je veux bien prendre les paris...

J’ai utilisé le mot Raïs à dessein parce que Sarkozy ressemble de plus en plus à ces Présidents arabes qui mettent médias et élites à leur botte. Ces opposants qui vont à la soupe, ces confrères qui portent la bonne parole présidentielle et qui perdent toute lucidité. Ces intellectuels qui se bousculent pour un honneur ou une mission. Tout cela fleure bon le makhzen gaulois, le populisme et le clientélisme. Nous sommes bel et bien entrés dans, pardonnez-moi pour cet écart de langage, le temps du « je t’achète mais tu fermes ta gueule ».

L’analogie avec ce qui se passe dans le monde arabe est saisissante. Partout, de Lille à Marseille, on voit se lever une foule de soupirants cyniques et obséquieux qui ont bien compris le nouveau système. Le plus étonnant, ce qui m’interpelle le plus, c’est la célérité avec laquelle tant de gens intelligents s’aplatissent et entrent dans le rang. A croire qu’ils n’attendaient qu’une occasion pour donner libre cours à leurs penchants de valets. Il y a quelques années, je me moquais d’un pays arabe où l’un des candidats à la présidentielle - il représentait l’opposition dite légale - m’avait déclaré fièrement que son seul programme était de faire élire le Président en exercice. Aujourd’hui, je trouve la chose moins risible...

Juste une hypothèse qui, je le pense, a beaucoup de chances d’être fondée. Pour comprendre la politique spectacle à laquelle nous assistons en France, il faut regarder du côté des Etats-Unis. Il faut réexaminer ce que fut la gestion des médias sous Reagan mais aussi savoir ce que peut offrir comme idées la série « The West Wing » (La Maison-Blanche). C’est de « là-bas » que viennent ces trouvailles qui consistent par exemple à inviter « des héros » pour une garden-party officielle. Copier est tellement plus simple qu’innover...

Rachida... On la voit presque autant que Nicolas même si on l’entend moins. Elle aurait dû se méfier. On ne devient pas ainsi la coqueluche des médias sans attirer le mauvais oeil. Plusieurs couvertures de magazines et voilà, comme par hasard, que l’on parle de ses frères délinquants tandis que des hommes politiques, de droite comme de gauche, ne laissent passer aucune occasion pour la « missiler » (terme entendu dans le RER et qui me plaît bien).

J’avoue être indécis à propos de la ministre de la Justice. Bien que ne partageant pas ses idées politiques, je n’ai pas de mal à reconnaître que la cabale qui est organisée contre elle comporte sûrement quelques germes racistes. Mais le problème, c’est que cela a fait passer au second plan les discussions de fond à propos de son projet de réforme sur les peines de prison. Là où la France aurait dû avoir un débat sur ce thème délicat, on se retrouve à choisir entre pro et anti-Dati (sans jeu de mots). Pour la suite, sa tâche va être rude, car il est à craindre que ce genre de polémique ne se renouvelle et ce n’est pas bon pour la cause de la diversité.

Il y a encore un point qui m’exaspère concernant toujours la garde des Sceaux. Tendez l’oreille, écoutez tel ministre ou tel député parler d’elle et vous l’entendrez dire : « Rachida a tout notre soutien » ou encore « Rachida fait preuve de beaucoup de compétence ». Hé, ho ! C’est votre soeur ou quoi ? C’est quoi cette dsara, cette familiarité qui frise le mépris de classe ? Qui parle en public de Boutin ou d’Alliot-Marie en les appelant uniquement par leurs prénoms ?

Cécilia... On la voit moins que les deux premiers et on ne l’entend guère. C’est dommage car des trois, elle est, pour la presse, la plus intéressante et je suis sûr que nous autres journalistes aurions de belles pépites à nous mettre sous la dent si elle consentait à parler plus. En effet, dans le dispositif propagandiste du Président, elle est à la fois un atout et le maillon non pas faible mais incertain ou aléatoire. Du coup, la cour s’empresse de la faire revenir dans le droit chemin afin de la canaliser et de plaire à l’empereur.

D’ailleurs, qu’est-elle allée faire en Libye ? Pourquoi cette offense à ceux qui ont mené de longues et laborieuses négociations pour sauver les infirmières bulgares et le médecin palestinien ? On revient au buzz, encore et encore. Et qu’importe que la presse anglo-saxonne se déchaîne en accusant les Français d’opportunisme et de mauvais goût puisque monsieur Dédé, qui du fond de sa France profonde ne regarde que les télés françaises, se dit que son pays joue de nouveau (et grâce à qui, hein ?) un rôle important dans le concert des nations. Il le croit d’autant plus quand il entend une gourde sur France 3 demander au Premier ministre Fillon s’il pense que c’est grâce à la visite de madame Sarkozy si la peine de mort des infirmières a été commuée ! C’est le temps de la brosse à reluire vous dis-je !

Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 juillet 2007 Reproduit sur oumma.com


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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 10:14
http://www.acrimed.org/article2681.html

Un Monde sans Minc ?

Mise en ligne : 23 juillet 2007
par Grégory Rzepski



Verrait-on finir Le Monde ancien ? Après la démission d’Edwy Plenel en novembre 2004, après la destitution de Jean-Marie Colombani en juin 2007 (Lire « Un Monde sans Colombani »), l’éviction d’Alain Minc est, depuis plusieurs semaines, à l’ordre du jour… mais toujours pas effective.



Le 13 juillet, un éditorial signé du nouveau directeur, Eric Fottorino, annonce, dans un style contourné, que « M. Minc et la société des rédacteurs sont convenus qu’une médiation devrait intervenir afin de régler la question de son maintien à la tête du conseil de surveillance de notre groupe. » [1] Autrement dit : Minc et la rédaction vont tenter de trouver une issue au conflit qui les oppose depuis le 28 juin 2007.

Ce jour-là, en effet, le Conseil de surveillance de la société Le Monde Partenaires se réunissait afin de se prononcer, entre autres, sur le maintien d’Alain Minc dans ses fonctions de président du Conseil. Pour être reconduit, celui-ci devait réunir onze voix (sur vingt) ; il n’en réunira que dix : les dix représentants des actionnaires externes. Parmi les actionnaires internes, on dénombre sept voix contre et trois abstentions. Au terme du vote, pourtant, Claude Perdriel (patron du Nouvel Observateur), qui présidait la réunion, déclare Minc réélu. Aux représentants des personnels qui protestent, Alain Minc rétorque qu’il leur appartient, s’il conteste le vote, de porter l’affaire devant les tribunaux. Les représentants des actionnaires internes quittent alors la séance, ce qui empêche l’élection de Pierre Jeantet comme PDG du groupe.

Chantages

Dans les jours qui suivent, Minc se livre à un double chantage. Un chantage au passage en force d’abord : il prévient ainsi qu’un administrateur judiciaire pourrait être nommé à la place de Jeantet si les personnels n’obtempèrent pas. Il n’aura finalement pas à mettre sa menace à exécution car, le 2 juillet, une nouvelle réunion du Conseil de surveillance permet à Pierre Jeantet d’être élu. Mais, dans un second temps, Minc, pour imposer son maintien dans ses fonctions de président du Conseil de surveillance, se livre à un nouveau chantage : un chantage au capital. Dans une interview au Monde daté du 3 juillet, il prévient que « les gens qui ont investi dans le capital de ce groupe ont accepté que les rédacteurs aient des droits spécifiques. Mais si vous leur enlevez, en plus, le droit de choisir leur propre représentant, bonne chance pour trouver à nouveau des actionnaires ! »

Mis en cause ce même jour par un communiqué des syndicats CGT, CFDT, SNJ, CGC du groupe Le Monde lui demandant de « s’effacer », défié par les votes des sociétés des personnels des PVC (Télérama, La Vie,…), des cadres et des employés du Monde, de la rédaction du Monde, des personnels de Courrier International, mais aussi par les lecteurs dont le courrier, à en croire la chronique de la médiatrice Véronique Maurus datée du 30 juin, était très majoritairement favorable à la rédaction [2], Alain Minc leur oppose donc le cynisme brutal d’un fondé de pouvoir des puissances d’argent.

Commentant cette morgue actionnariale, un élu du Monde aurait déclaré dès le 28 juin à la sortie du Conseil de surveillance : « Vraiment, le CAC40 nous fait chier, le CAC40 n’est pas honnête. » Libération, le 28 juin 2007). Comme s’il découvrait subitement ce qu’il savait probablement de longue date [3]…

… De même que la proximité Minc-Sarkozy est connue depuis longtemps puisqu’elle remonte au moins, à 1994 [4]. Il assez étonnant de s’offusquer aujourd’hui seulement de rapports si anciens et, finalement, si peu surprenants : Alain Minc est ou a été administrateurs de plusieurs grandes entreprises françaises, il a aussi été le conseil de nombreux dirigeants du CAC 40 quand Nicolas Sarkozy était lui-même le candidat de cette oligarchie capitaliste [5]. Minc soutien de Sarkozy ? Autant reprocher à un carnivore d’apprécier la viande [6].

Expropriation

La fronde de la rédaction contre les options entrepreneuriales (et les complaisances politiques) de Jean-Marie Colombani et d’Alain Minc est donc tardive. En effet, jusqu’en septembre 2006 [7], la Société des rédacteurs du Monde (SRM) a validé l’ensemble des options de Minc et Colombani : l’entrée de Lagardère au capital de la holding Le Monde SA (le 8 mars 2005) [8], l’introduction (finalement avortée) du titre en Bourse (le 23 octobre 2001) [9] et, pour commencer, le changement de statut de 1994, de Sarl en SA.

Cette transformation a, de fait, constitué un « putsch (…) perpétré tout en douceur [10]  ». Elle a rogné significativement le pouvoir des journalistes sur leur journal en permettant une emprise toujours plus grande des actionnaires externes. En particulier, « la réforme des statuts qui intervient abolit la démocratie contradictoire : désormais, c’est le Conseil de surveillance de la SA (présidé par Alain Minc) qui valide et ne peut valider qu’un seul candidat [à la gérance du journal] à la fois. Bien entendu, les rédacteurs réunis en assemblée générale peuvent récuser ce candidat et le Conseil de surveillance doit alors lui en proposer un autre. Mais la nouvelle disposition supprime les campagnes électorales contradictoires ; elle instaure un régime pré-démocratique, voisin de celui qui est en vigueur dans de nombreuses dictatures [11]. »

Ainsi était entamé, sous la conduite de Minc et de Colombani, et avec l’assentiment d’Edwy Plenel, un processus d’expropriation qui constitue une défaite pour les journalistes et les salariés du Monde mais pas seulement pour eux. Expropriation ? Le sursitaire à la présidence du Conseil de surveillance préfère parler d’un passage « de l’autogestion à la cogestion à l’allemande. » (Le Monde du 3 juillet 2003) Et, sur ce point, Jean-Michel Dumay, président de la SRM, le rejoint. Il s’insurge – le même jour dans le même journal – à l’idée que l’on puisse dire que « les personnels et les rédacteurs entendent verser dans l’autogestion. Affirmer cela est absurde et un rien provocant. Nous ne souhaitons pas nous écarter du modèle consensuel qui fut le nôtre. » Qu’elle soit dictée par les circonstances ou traduise une position de fond, le résultat de cette protestation est le même : la SRM, par la voix de son président, entérine comme la moins pire des solutions un modèle économique qui tourne le dos au projet originel du Monde. Au point que, le 30 juin 2007, dans une interview à Libération, le même Dumay flatte les capitalistes qui détiennent en partie son journal pour obtenir d’eux le départ de Minc : « Il y a parmi les actionnaires dits ‘‘ externes ’’ ou ‘‘ partenaires ’’ de grands talents, de grandes compétences : Jean-Louis Beffa, Etienne Pflimlin, Pierre Richard, Pierre Lescure. pour n’en citer que quelques-uns. Ils ont toujours fait preuve, chacun, d’un grand attachement et dévouement au Monde. Je suis convaincu qu’il y a parmi eux quelqu’un qui pourra assumer la fonction de président du conseil. Ou qu’ils sauront être créatifs pour trouver avec nous une solution. » Comme si le problème était simplement lié à la personne de Minc.

Dépendances

La dépendance économique n’est pas sans effets, même s’ils ne sont pas mécaniques, sur l’indépendance journalistique. Certes, chaque journaliste pris individuellement n’est pas la proie de l’intervention des actionnaires ; et la rédaction, collectivement, n’est pas placée directement sous leurs ordres. Mais qui peut croire que l’orientation éditoriale générale du quotidien puisse rester indifférente à leurs intérêts bien compris, ainsi que le suggère la rengaine permanente sur l’indépendance du Monde  ? Une rengaine une nouvelle fois fredonnée par le nouveau directeur Eric Fottorino dans son éditorial du 13 juillet : « C’est dans le respect de ses valeurs que Le Monde poursuit sa route. En toute indépendance. » En toute indépendance ?

Mais de quelle indépendance parle-t-on ? De l’indépendance capitalistique, quand l’endettement net du groupe Le Monde est de 62 millions d’euros pour 146 millions d’euros de pertes cumulées sur six exercices consécutifs (d’après Stratégies du 21 juin 2007), une dette en partie remboursable en action (69 millions d’euros d’obligations remboursables en actions émises arrivent ainsi à échéance entre 2012 et 2014 [12]) ? De l’indépendance financière, quand on sait l’importance des revenus publicitaires pour l’équilibre du journal [13] ? Et enfin, quelles sont les conséquences de cette dépendance économique sur l’indépendance éditoriale quand, comme l’expliquait Jean-Marie Colombani lui-même en 2004 : « Nous devons souscrire d’autant plus naturellement à l’économie de marché que nous jouons chaque jour notre vie [14] »

Les actionnaires ne tiennent évidemment pas la plume des journalistes pris un à un et les interventions directes sont exceptionnelles. Il reste que des considérations mercantiles liées à la situation économique des journaux amènent les rédactions à adapter leur « offre » éditoriale à des exigences commerciales qui échappent de plus en plus à leur contrôle. Et la nomination aux postes stratégiques de personnalités ajustées aux attentes des actionnaires est, de ce point de vue, très efficace. Ainsi, quand le nouveau directeur écrit : « M. Minc ne s’est jamais permis la moindre intervention, même habilement camouflée, sur nos contenus éditoriaux. », on est tenté de lui opposer certains passages du récent livre Petits Conseils (Stock) de Laurent Mauduit selon lequel le traitement de certaines affaires économiques par le « journal de référence » aurait été en partie influencé par les liens de Minc à certaines huiles du CAC 40 [15]. Mais quand bien même : quelle nécessité y aurait-il pour Alain Minc d’intervenir quand les dirigeants du groupe et du journal ont été imposés par lui-même à une rédaction contrainte d’approuver le casting ? Rappelons que, d’après Stratégies (le 21 juin 2007), la SRM préférait Philippe Thureau-Dangin à Pierre Jeantet, candidat du président du Conseil de surveillance qui l’avait d’ailleurs recruté au poste de directeur général du groupe.

Connivences

Il est désolant d’avoir à répéter de telles évidences, mais le capitalisme financiarisé accroît la dépendance à l’égard d’ambitions stratégiques de groupes qui attendent, sinon de la presse écrite, du moins de leurs investissements multimédias, qu’ils dégagent non de simples bénéfices, mais des profits toujours croissants. Le capitalisme financiarisé, en outre, repose sur une concurrence qui n’interdit pas, au contraire, connivences et coalitions. Quand la nomenclature du Monde est bousculée par ses ouailles, les obligés se mobilisent. On a vu le rôle joué par Claude Perdriel, PDG du Nouvel Observateur, administrateur du Monde et employeur de Jean-Marie Colombani à Challenges, dans la tentative de « coup d’Etat » d’Alain Minc et, précédemment, lors de l’éviction Colombani [16].

Et les intercesseurs, entre les sommets du microcosme économique et ceux du microcosme éditorial de manquent pas. On peut ainsi évoquer le cas de Bernard-Henri Lévy dont Le Monde a publié de nombreuses tribunes (certaines en tant qu’« éditorialiste associé »), des reportages (souvent grotesques [17]) et qui est un ami très proche d’Alain Minc [18]. Au moment du départ de Jean-Marie Colombani, dans son bloc-notes du Point (le 28 juin 2007), BHL adresse à l’ancien directeur un salut poignant et en profite pour lui renvoyer, encore une fois, l’ascenseur : « Jean-Marie Colombani quitte, aujourd’hui, Le Monde. C’est le jeu, dira-t-on. Soit. Mais on n’empêchera pas l’observateur de trouver qu’il y a parfois des jeux bizarres (recueillir la majorité des suffrages exprimés et être réputé « mis en minorité ») et, peut-être, dangereux (au moment où un autre quotidien, économique celui-là, tremble pour son indépendance, était-il prudent de mettre à l’écart l’un de nos rares grands journalistes à être aussi un chef d’entreprise et à avoir fait de l’indépendance du groupe qu’il avait su bâtir autour de son journal, une obligation quasi sacrée ?). Les amis du Monde (…) souhaiteront bonne chance à la nouvelle équipe. Les amis de Colombani (…) se consoleront en retrouvant, dans le recueil de ses éditoriaux (‘‘ Au fil du Monde ’’, Plon), le parfum de ses années- Monde. [19] »

Mais, en matière de solidarité, la palme revient sans doute à Vincent Beaufils, directeur de la rédaction de Challenges. Dans son éditorial du 5 juillet, après une introduction de rosière rappelant pour la forme les liens qui unissent son magazine au Monde (Jean-Marie Colombani éditorialiste de Challenges, et Claude Perdriel, « notre directeur [qui possède] un - petit - ticket dans le capital du quotidien, ainsi qu’un fauteuil à son conseil de surveillance. C’est dire si je suis mal placé pour en parler. Ou trop bien. Dans la banque, on appellerait cela un conflit d’intérêts. Moi, je parlerai plutôt d’intérêt pour un conflit ») , Beaufils sermonne les salariés du quotidien vespéral : « En termes économiques, Le Monde n’est pas seulement un objet unique par la structure de son capital, contrôlé in fine par sa rédaction : avec l’application normale des règles du jeu capitaliste, il n’aurait pas pu survivre aux 157 millions d’euros de pertes cumulées enregistrées six exercices durant. Si le navire n’a pas sombré, c’est évidemment grâce aux efforts d’une rédaction qui a maintenu la puissance éditoriale et la marque du journal ; mais aussi grâce aux multiples opérations financières de son président du conseil de surveillance, Alain Minc, apporteur de près de 200 millions d’euros de fonds, dans des structures des plus alambiquées, avec toujours comme contrainte le respect du contrôle capitalistique de la rédaction. Et voici que, au lieu de boucler la boucle, les actionnaires majoritaires donnent leur congé à celui qui les a maintenus hors d’eau, après s’être séparés de Jean-Marie Colombani, sans doute tombé pour les avoir trop protégés. Alors que les journalistes des Echos, autre fleuron - rentable, lui - de la presse quotidienne, craignent d’être rachetés par un actionnaire capitaliste - un vrai, lui -, le geste de nos confrères ressemble surtout à un manque de lucidité. »

La présentation de Beaufils, elle, manque non seulement de dignité mais surtout d’exactitude. Les « multiples opérations financières » de Minc et de Colombani ont fait exploser l’endettement du groupe et l’ont rendu irréversiblement dépendant des capitaux externes et des bénéfices des filiales… rachetées grâce aux prêts généreusement consentis. Et le capital n’est plus, depuis longtemps, « contrôlé in fine par la rédaction » puisque les journalistes et les salariés n’en sont plus les « actionnaires majoritaires » [20].

Brutalités

Le capitalisme médiatique, c’est aussi la soumission à la brutalité du marché qui se moque des chartes déontologiques et des pieux engagements. En 1997, Jean-Marie Colombani confessait sa découverte de cette réalité du monde des affaires : « Il est rare qu’un journaliste plonge dans le milieu des affaires. Il y a donc eu pour moi une part de découverte. J’avoue donc une certaine candeur en vous disant que l’idée que je me faisais du capitalisme n’était pas celle de la jungle, mais d’un monde codifié où une parole est une parole [21]. » Reste que Le Monde sous Minc, Colombani et Plenel est devenu un prédateur dans cette « jungle » et que le candide a fait preuve par la suite de la violence requise dans ce « milieu tempéré » [22]

Prédation, expropriation des salariés, système de connivences : le départ probable d’Alain Minc marquerait la fin d’une époque pour Le Monde. Mais la nouvelle équipe ne semble pas s’inscrire dans une stratégie de rupture par rapport aux évolutions observées depuis 1994. Et, plus généralement, c’est la question de la marchandisation et de la financiarisation du secteur de la presse qui est une nouvelle fois posée à travers le cas du « journal de référence ».

Rapports de force

Au sujet des conflits en cours aux  ?chos et à La Tribune, Nicolas Sarkozy affirmait récemment sur le ton de l’évidence qu’il affectionne : « Les journaux se font avec des actionnaires [23]. » Le Président de la République ignorait ainsi l’ensemble de la presse sans but lucratif et, en particulier, la presse associative. Il tendait également à naturaliser ce qui relève d’un processus historique régressif, comme le font systématiquement les défenseurs d’un secteur des médias financiarisé (et partant concentré). Cette naturalisation est politique. Elle sert les intérêts des oligarques (Arnault, Bolloré, Bouygues, Dassault, Lagardère, Pinaut,..) si proches personnellement et, surtout, politiquement de Nicolas Sarkozy. On peut et on doit leur opposer des propositions pour transformer cet ordre médiatique qu’ils souhaitent toujours plus dépendant. L’exemple du Monde montre la pertinence et la nécessité du projet consistant à inventer un statut de société de presse à but non lucratif [24]. Mais le cas récent du « journal de référence », le cynisme et la brutalité des hiérarques et des actionnaires nous instruisent aussi sur la nature du problème. Il ne s’agit pas simplement d’« ouvrir un débat » sur le devenir de la presse. On est en présence d’un rapport de force qui ne s’inversera que par les mobilisations des salariés des médias [25] mais aussi de tous ceux qui pensent que si un autre monde est possible, d’autres médias le sont aussi. Et, pour commencer, un autre Monde… ?

Grégory Rzepski.

Grégory Rzepski

 


[1] Alain Minc pourrait, par ailleurs, se voir confier une mission sur le financement de la presse par Nicolas Sarkozy qu’il a ardemment soutenu dans la campagne présidentielle. Selon l’AFP, le président du Conseil de surveillance du Monde a démenti toutes ces informations.

[2] Véronique Maurus écrit ainsi : « Depuis la crise ouverte entre la rédaction et Alain Minc, le 26 juin, les lettres ont afflué. Fait notable : alors que les jugements sur Jean-Marie Colombani étaient plus partagés, seules deux lettres reçues au moment où nous écrivons cette chronique ont exprimé une solidarité avec M. Minc. »

[3] Une indignation qui en rappelle une autre, lors de la « crise » à Libération, au printemps 2006 : « quand M. de Rothschild congédia Serge July, fondateur et directeur de la publication, une représentante de la société civile des personnels s’étonna de la naïveté de ses camarades. ‘‘ Ils découvrent que Libé est aussi une entreprise ; qu’il y a un patron, un actionnaire, un mode de fonctionnement auquel on ne peut pas couper.’’ » Propos de Muriel Gremillet rapportés dans Les Inrockuptibles du 20 juin 2006 et cités par Pierre Rimbert, « Des journalistes au bord de la rébellion ».

[4] Alain Minc était alors conseiller du Premier ministre Edouard Balladur pour qui il coordonna un rapport, « La France de l’an 2000 », quand Sarkozy était le bras droit de Balladur et le porte-parole de son gouvernement.

[5] Lire ici-même « Sarkozy et les médias, les médias face à Sarkozy ».

[6] Même si Alain Minc aurait peut-être préféré Dominique Strauss-Kahn au candidat de l’UMP…

[7] Voir L’Actualité des médias n°52 dans laquelle nous écrivions : « Contre l’avis de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) qui a voté contre à 54 % ainsi que 85 % du personnel de Télérama et en dépit de toute logique comptable (un endettement de 140 millions d’euros en cinq ans), Le Monde de Colombani, passe outre, et achète Le Midi Libre, La Provence et Nice-Matin. (...) Le même Colombani a refusé de séparer le poste de directeur du quotidien de celui de directeur du groupe, comme le réclamait aussi la SRM. »

[8] Lire ici même « L’actualité des médias n°38 (15 fév. au 15 mars 2005) ».

[9] Lire ici même « Préparatifs pour un Monde boursicoté. (1) Les rédacteurs ».

[10] Pierre Péan et Philippe Cohen, La Face cachée du Monde, Mille et une nuits, février 2003, p. 164. À propos d’un précédent passage en force des actionnaires dans lequel Minc et Colombani étaient déjà impliqués, lire le témoignage d’Alain Rollat, dans Ma part du Monde, Vingt-cinq ans de liberté d’expression, (édition de Paris, 2003) résumé ici même dans « Les coulisses de la conquête du Monde Rollat sur Vernet ».

[11] Pierre Péan et Philippe Cohen, ibid., pp. 163-164. La récente « compétition » entre Alain Genestar, Pierre Jeantet, Bruno Patino et Philippe Thureau-Dangin pour la présidence du Monde n’a en rien constitué une « campagne contradictoire » entre candidats issus de la rédaction : simplement, trois cadres du groupe et un dirigeant de presse ont subi un examen d’embauche pour un poste conformément aux pratiques en vigueur dans n’importe quelle entreprise de cette taille.

[12] Un tel passif n’empêche pas Fottorino de rendre hommage aux « services rendus par [Minc], depuis de nombreuses années, pour défendre la pérennité économique du Monde [qui] méritent notre gratitude » dans ce même éditorial.

[13] Comme PLPL n°1 l’avait noté, les réclames de TF1 ont constitué la quasi-totalité des recettes publicitaires du supplément télévision du Monde entre 1997 et 1999. Pierre Péan et Philippe Cohen notent pour leur part que le journal « n’a plus couvert les démêlés du groupe Bouygues avec la justice depuis 1997. », op. cit. p.363.

[14] Cité par PLPL dans « Vive la grève ! A bas le PPA ! ».

[15] Laurent Mauduit revient ainsi sur le départ en retraite d’Antoine Zaccharias, ex-PDG de Vinci. Celui-ci réclamait des indemnités pharaoniques qui lui ont finalement été refusées par son Conseil d’administration malgré le vote favorable à Zaccharias d’un certain Alain Minc, administrateur et conseil du groupe. L’ancien journaliste économique au quotidien vespéral écrit : « Le lendemain de la chute spectaculaire du patron de Vinci, [Le Monde], dans son édition datée du 3 juin 2006, se distingue de tous les autres journaux. Alors que toute la presse s’attarde sur le montant des stocks-options perçus par le PDG déchu, le quotidien fait parler plusieurs administrateurs du groupe, curieusement anonymes, qui tous chantent les louanges d’Antoine Zaccharias. » (Petits conseils, Stock, 2007, pp. 88-89). Mauduit affirme également avoir quitté son journal car, « un passage qui aurait pu ternir gravement la réputation du patron des Caisses d’épargne et celle de son épouse » (ibid., p. 43) aurait été retiré d’un de ses articles au moment de la publication, en raison, selon lui, des négociations en cours entre la banque et le journal pour une contribution « au financement de la fusion entre les Journaux du Midi du Monde et ceux du groupe Lagardère. » (ibid, p. 43). Sur les réserves que peut inspirer le livre de Laurent Mauduit, lire « Le système ‘‘ j’oublie tout ’’ » dans Le Plan B n°8.

[16] Pour un rappel, lire « Un Monde sans Colombani ». La société des rédacteurs du Nouvel Observateur s’est d’ailleurs désolidarisée de son PDG[[Lire sur le site Nouvelobs.com : « Un mépris des règles ».

[17] Lire, par exemple, « Une « exclusivité » du Monde : le tourisme de propagande de BHL en Israël ».

[18] Cité par Laurent Mauduit, BHL confesse au sujet de Minc : « Je connais peu de gens qui aient un sens éthique, aussi strict, aussi rigide que lui. Il a un goût non seulement éthique mais quasi esthétique pour les principes et affiche un mépris aristocratique pour leur violation. » (Petits conseils, p. 238)

[19] Bernard-Henri Lévy n’est pas un ingrat. Sous le règne de Colombani, Le Monde et Le Monde des livres ont toujours été particulièrement bienveillants au sujet de ses livres, de ceux de ses proches ou des biographies de BHL quand elles ne lui étaient pas trop défavorables.

[20] Les actionnaires internes (rédacteurs et personnels du Monde, personnels de PVC, association Hubert Beuve-Méry,…) détiennent, certes, 52% de la « société de tête » Le Monde et Partenaires Associés (LPMA) mais celle-ci ne possède elle-même que 60% de la holding intermédiaire Le Monde SA qui contrôle à 95% la Société éditrice du Monde. En conséquence, les parts des actionnaires internes dans cette dernière sont inférieures à 35%. Ils sont en minorité au Conseil de surveillance du Monde SA où siègent 12 membres provenant de LPMA, 3 représentants du groupe Lagardère, 2 du groupe Prisa et un du groupe Stampa Europe. Dans sa lettre du 31 mai 2006, la Société des lecteurs excipait, comme gage d’« indépendance » la « charte de convention de vote » qui devait garantir que « dorénavant, les 12 membres du Conseil de surveillance du Monde SA provenant de LPMA [voteraient] de façon solidaire. » Telle n’a pas été le cas lors de la récente réélection d’Alain Minc à la tête de ce Conseil. Le 28 juin, alors qu’il n’obtenait pas les suffrages nécessaires pour être reconduit à la présidence du Conseil de LPMA, il a, en effet, réunit sur son nom au Conseil de surveillance du Monde SA : 11 voix pour, 2 abstentions et 5 contre.

[21] Pierre Péan et Philippe Cohen, op. cit., p. 499.

[22] Sur ce point, lire les pages (236 à 251) de La Face cachée du Monde consacrée au rachat avorté de L’Express. D’après les auteurs, Colombani serait allé jusqu’à menacer le propriétaire de l’époque (Jean-Marie Messier) en le prévenant : « Si vous ne nous cédez pas L’Express, vous nous aurez pendant vingt ans. Et nous finirons par vous abattre… » (p.249)

[23] Le Journal du Dimanche du 8 juillet 2007.

[24] Sur ce projet, lire ici même « Pour la constitution de sociétés de presse à but non lucratif » et « Sociétés de rédacteurs, un rêve de journaliste » sur le site du Monde diplomatique.

[25] Une tendance semble-t-il à l’œuvre : voir « Des journalistes au bord de la rébellion » sur le site du Monde diplomatique.




Source : acrimed | action critique médias
http://www.acrimed.org/article2681.html

 



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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 10:55
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